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Un juge vous parle |
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L'article suivant est tiré du Science-loisir
publié en mars 1998. La revue Science-loisir est une publication
produite par le Conseil
de développement du loisir scientifique. Publiée
trois fois par année et tirée à 5 000 exemplaires,
elle est distribuée aux enseignants, aux directeurs d'institutions
scolaires, aux bibliothèques et aux différents partenaires
du réseau CDLS-CLS. Cette revue permet aux lecteurs de connaître
et de reconnaître le travail des jeunes et des professionnels
qui offrent leur passion et leur compétence à la réalisation
d'activités stimulantes pour le développement de la
relève scientifique.
Juger une Expo-sciences...
Pour partager la passion!
Science-loisir
rencontre ce mois-ci Jacques Yves Gauthier, juge en chef de la Super Expo-sciences
Bell, finale québécoise depuis neuf ans, une rencontre teintée
de passion pour la science et pour les Expo-sciences, une manière
de remercier les juges de toutes les Expo-sciences du Québec pour
le travail bénévole qu'ils accomplissent dans notre mouvement.
Un bref portrait...
Maître de recherche chez Merck Frosst,
Jacques Yves Gauthier est un passionné des sciences. Il est
auteur ou coauteur d'une cinquantaine d'articles scientifiques et
d'une vingtaine de brevets d'inventions et a présenté
des communications scientifiques à travers le monde en plus
d'avoir été, à de nombreuses occasions, conférencier
invité dans des universités. Avec une équipe
de recherche considérable chez Merck Frosst, il a contribué
à la découverte d'un produit pour le traitement de l'asthme,
homologué dans plus de 60 pays, le SINGULAIR®. Un chercheur, un vrai qui,
en plus, donne du temps bénévolement pour communiquer
cette passion de la science qui l'habite.
Son engagement dans les Expo-sciences ne s'est pas fait par hasard. Il était déjà particulièrement sensibilisé
à la pénurie de relève scientifique en Amérique
du Nord. Il s'engage personnellement en étant l'un des responsables
des visites industrielles chez Merck Frosst et en défendant le
rôle social que Merck Frosst joue pour permettre le développement
de la relève scientifique, un cheminement qui l'a mené aux
Expo-sciences.
«J'ai un plaisir immense à faire de la science. En 15 ans
chez Merck Frosst, il ne m'est jamais arrivé de ne pas avoir le
goût d'entrer au labo. C'est un plaisir qui est très proche
de ce que les participants aux Expo-sciences vivent. Je crois que c'est
cette passion qu'il faut savoir transmettre aux jeunes.»

Une question de langue
«Les scientifiques ne sont pas des personnes
plus intelligentes que les autres! C'est juste qu'ils ne parlent pas la
même langue
Comme d'ailleurs un avocat ou un spécialiste
de la langue allemande ne parle pas la même langue! Quand
deux scientifiques parlent de lien carbone-carbone, c'est sûr que
la plupart des gens ne suivront pas la conversation!
À mon avis, ce qu'il faut pour donner aux jeunes le goût
d'étudier en sciences, ce sont des modèles, ou encore des
événements. Je suis certain qu'après la première
transplantation cardiaque réussie par Christian Barnard, il y a
eu plus de jeunes qui ont vu la chirurgie cardiaque comme une carrière
intéressante! Comme voir le premier pas de l'homme sur la lune
en fait rêver plus d'un aux carrières reliées à
l'aéronautique
Ce sont des modèles et des événements
qui ont pu donner le goût d'entreprendre des carrières scientifiques.»
Entre l'école et la «vraie» science
La première fois que j'ai jugé
une Expo-sciences, j'ai été impressionné du coup
d'oeil, de l'organisation, à un point tel qu'entre deux jugements
de projets, j'ai téléphoné chez Merck Frosst pour
que certains de mes confrères viennent constater avec moi; je craignais,
si j'étais seul à y avoir participé, qu'on ne croit
pas qu'un tel événement existe! Je voulais partager cette
découverte avec d'autres! L'Expo-sciences, c'est comme la rubrique
«science» du dimanche dans le journal La Presse, pour des
milliers de personnes!
L'Expo-sciences se situe entre l'école et la vraie science. C'est
plus que l'école parce que les jeunes font des démarches
scientifiques autonomes et très poussées, et ce n'est pas
encore la vraie vie d'un scientifique. À mon avis, ils ont besoin
de plus d'encouragements, et pas seulement de leurs professeurs et de
leurs parents, mais également de la part de gens neutres, comme
les visiteurs, et surtout comme les juges et les scientifiques, qui savent
leur dire combien leurs projets sont proches de la vraie recherche scientifique.

Une réconciliation avec les jeunes
«L'Expo-sciences, c'est une réconciliation
avec les jeunes. Moi, quand j'ai jugé ma première Expo-sciences,
j'ai ressenti un réel soulagement! Autant de jeunes dynamiques,
passionnés... C'est tout le contraire du discours social actuel
qui dit que les jeunes n'ont aucune motivation, sont décrocheurs...
L'Expo-sciences, c'est la preuve qu'il y a beaucoup de jeunes structurés!»
«Souvent, les juges reviennent de la première période
de jugement littéralement soufflés. On entend des «J'aurais
jamais cru qu'ils pouvaient faire ça»; «C'est tellement
bien étoffé»; «Ils sont calés, c'est
incroyable!». Même pour les juges qui partent sur le site un peu
fanfarons ou prétentieux, le choc est brutal; ils reviennent
et ils ont raccourci de six pouces!»
«L'adrénaline, la motivation du juge
à revenir chaque année, ce sont les jeunes eux-mêmes
qui la donnent! Déjà que chacun des juges accepte de mettre
de côté ses contraintes de bureau, d'horaires chargés
Il faut vraiment que les jeunes d'Expo-sciences soient stimulants pour
que les juges reviennent d'année en année!»

L'importance de l'exemple
Les scientifiques ne sont pas des extra-terrestres
ou des «Professeur Tournesol». Il y a le même éventail d'hurluberlus dans
le domaine des sciences que dans tous les domaines et décider de
devenir un scientifique, ce n'est pas décider de devenir «bizarre!»
Chaque juge a le rôle de démystifier l'image des scientifiques.
Les juges sont des scientifiques; ils sont également des personnes
comme toutes les autres!
Ils sont également le lien entre le niveau scolaire et les carrières
envisageables pour les jeunes. Ils sont la preuve qu'on peut gagner sa
vie, ils sont le «concret» du monde des sciences. On voit
souvent la pilule... On ne voit jamais les scientifiques (et la science!)
derrière qui ont contribué à sa création.
La science est souvent perçue comme un milieu
obscur; les juges sont autant de fenêtres sur cet univers; ils sont
le «vrai monde» qui travaille là-dedans.
Le stress d'être juge
Combien de fois entend-on, les jours de jugement
d'Expo-sciences, la phrase suivante : «Mon juge n'a rien compris à mon projet ...
». Ces quelques mots, si souvent répétés par
les exposants stressés, font sourire Jacques Yves Gauthier. «Ça
arrive si souvent que les juges reviennent dans la salle des juges ébahis!
Parfois, les jeunes ont un projet qu'ils défilent avec tant d'ardeur
qu'ils devancent toutes les questions des juges. Et souvent, ce sont ces
jeunes soi-disant mal jugés qui se retrouvent à la tête
du classement!»
«Les juges ont réellement peur quand ils arrivent sur un
site d'Expo-sciences pour la première fois. Je me rappelle l'an
dernier, au Collège Jean-de-Brébeuf, quand nous sommes tous
entrés dans cette chapelle magnifique qui servait de site et que
les jeunes ont applaudi l'équipe de juges qui arrivait
Les
juges avaient les mains aussi moites que les jeunes! Après tout,
on sait bien que les jeunes «jugent leurs juges!» On a aussi
peur de juger que d'être jugés!»

Expérimentation ou vulgarisation?
Un des débats qui alimentent les Expo-sciences
de nos jours est le peu de projets réalisés en expérimentation.
Pour Jacques Yves Gauthier, ce n'est pas un problème. «L'important,
c'est de stimuler l'intérêt pour la science, plus que l'expérimentation
scientifique! Une fois qu'on a acquis la passion pour quelque chose, on
continuera dans ce sens. Quand on se rend quelque part, peu importe qu'on
soit le conducteur ou le passager du véhicule, l'important, c'est
de voir le paysage et de s'y rendre. Alors, que les jeunes fassent des
projets de vulgarisation ou d'expérimentation, l'important, c'est
qu'ils découvrent l'univers des sciences et surtout, qu'ils y développent
une passion.»
«Chaque année, sur un site d'Expo-sciences, j'avoue être
ébloui comme un enfant. Découvrir autant de jeunes qui ont
mené à bien des projets, c'est fantastique. Il est souvent
difficile de dire si un projet est meilleur qu'un autre, ce sont souvent
par les détails des projets et des présentations que les
juges arrivent à faire la différence dans les projets qu'ils
ont jugés!»

La tâche difficile...
«Le plus difficile? Choisir les gagnants,
délimiter les perdants... On voudrait récompenser tout le
monde. Mais en même temps, je crois que ça prend une compétition;
ce ne serait pas rendre service aux participants que de faire croire qu'il
n'y a pas de compétition dans la vie! Les sportifs qui se rendent
aux Olympiques vivent la compétition; les scientifiques dans le
monde de la recherche vivent la compétition! Donner une orientation
à une équipe de recherche, alors que tout le monde a de
bonnes idées et est très intelligent, c'est de la compétition!
Compétition pour les idées, pour les budgets de recherche,
se faire évaluer par les pairs...C'est partout, il faut apprendre
à y faire face.
Je regretterais, bien sûr, que des jeunes se désintéressent
des sciences parce qu'ils n'ont pas remporté de prix dans une Expo-sciences.
C'est l'un des dangers de la compétition, que les jeunes se découragent
par contre-coup. Mais je crois qu'il faut tout de même continuer
sur la lancée de récompenser des jeunes pour les efforts
qu'ils font, sans nier qu'ils ont tous travaillé très fort!
Une des choses qui me désarçonnent chaque année est
le peu d'écart entre le premier et le 25e, tout se joue
dans les centièmes... Alors tout le monde doit être fier du
travail accompli...»

Hé, les jeunes, vous êtes impressionnants!
«Je suis triste de penser que les jeunes
ont peur des juges. Je voudrais que chaque exposant sache
combien il est impressionnant. Combien il impressionne tout
le monde, des visiteurs au juge en chef! Le climat de respect qui se tisse
dans une Expo-sciences est insoupçonné; les juges respectent
énormément les jeunes et les jeunes le leur rendent bien.
Ce climat sur les sites est fondé et légitime; le travail
des jeunes vaut grandement ce respect qui s'installe dans chaque Expo-sciences.»
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© 2002, Conseil de développement du loisir scientifique
(CDLS). Ce document est distribué par le Conseil de
développement du loisir scientifique.
Visitez le www.cdls.qc.ca
pour obtenir de plus amples renseignements. |
Les opinions exprimées
dans ce texte sont celles des auteurs et ne reflètent
pas nécessairement le point de vue de Merck Frosst ou de
ses employés. |
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